A l’école du Mardasson, chacun son rythme
Infocom | 3 février 2011 | lire | reportage

Derrière les portes de l’Ecole du Mardasson de Bastogne se mêlent élèves de l’enseignement professionnel et spécialisé.  Si dans certaines classes  les examens de Noël battent leur plein, dans celle de « forme 1» les élèves préparent le petit déjeuner, décorent le sapin de Noël, flirtent.  Ici, l’enseignement vise une adaptation sociale pour des ados souffrant d’un handicap de type 2 (arriération mentale modérée ou sévère).

Assis à table, Dylan fredonne un I wish you a Merry Christmas très personnel. Jérôme dispose assiettes et couverts, Tomas réchauffe le lait avant d’y verser le cacao. Madame Justine et Madame Stéphanie, institutrices du primaire, dispensent à ces élèves de secondaire les cours de français, mathématiques et religion. Elles accueillent les uns tout en aidant les autres, moins habiles à tartiner de choco leur tranche de pain. « Leur premier objectif de la journée est de suspendre leur veste à leur porte-manteau, qu’ils reconnaissent à l’aide de leur photo, » explique M. Bertrand, directeur du cycle secondaire. « Les rituels sont importants. Ils ont besoin de repères, que les choses restent à leur place, » soutient Madame Catherine.

Le déjeuner terminé, la vaisselle lavée, les élèves s’attèlent à la décoration de la classe pour Noël dans le cadre du cours de religion. Des guirlandes en papier sont confectionnées par Gilles, Tomas et Camille pendant qu’Elise, Jérôme, Dylan et Elodie peignent des boules en carton. Samedi dernier, les élèves ont regardé le spectacle « Les Enfoirés ». Madame Justine les questionne sur leur chanteur favori : Camille est fan de Mimie Mathy et Tomas semble fasciné par la voix de Garou. A l’autre table, Jérôme et Elodie se regardent dans le blanc des yeux. De vrais amoureux.

D’autres professionnels travaillent avec les élèves, telle Marie, logopède de l’établissement. Elle emmène Elise et tente de lui faire accomplir un travail de concentration : la jeune fille doit replacer des pièces en bois sur une planche, puis répéter les gestes d’une comptine qu’elle écoute à l’ordinateur : « il est difficile de connaître les attentes des parents par rapport aux progrès de leurs enfants. Parfois ,c’est un peu décourageant parce qu’on ne voit pas de progrès, mais arrêter de travailler avec un enfant entraîne souvent une régression. »

L’après-midi, les plus âgés préparent les ingrédients nécessaires à la recette de truffes au chocolat. Madame Catherine, professeur de travaux pratiques, leur apprend à les reconnaître : «  Le sucre impalpable, il vous fait penser à quel autre ingrédient ? » « La Farine ! ». Pendant ce temps, Monsieur Jérémy surveille les autres adolescents qui se détendent dans l’espace Snoezelen. Appelée aussi « L’autre monde », cette pièce sombre remplie de lumières colorées rappelant les guirlandes de Noël est équipée d’un écran sur lequel défilent des images représentant la nature. Elle a été inaugurée au mois d’octobre par la Ministre de l’Enseignement Obligatoire, Marie-Dominique Simonet (CdH).

Il y a peu, celle-ci a émit un décret visant l’intégration sociale des élèves de l’enseignement spécialisé dans un établissement ordinaire : « On a fait un essai l’an dernier mais le résultat ne fut pas concluant. L’enfant handicapé se sentait rejeté, seul, faible. Il a préféré revenir ici car il est le meilleur et bien entouré par ses professeurs, » précise Marie. De son côté, Madame Catherine est persuadée qu’il ne faut pas rester sur un échec : « c’est vraiment important d’essayer l’intégration. L’élève peut se sentir tiré vers le haut par les adolescents de l’enseignement ordinaire et progresser plus rapidement si ça marche. »

Ces élèves sont des adolescents, avec leurs pulsions, leurs sentiments. La différence réside dans le retard scolaire par rapport aux autres enfants.  Alors que certains passent leurs examens de géographie ou de chimie, d’autres apprennent les notions de « plus et de moins », à compter les points sur un dé. Et croient encore au Père Noël.

Elodie Christophe
Etudiante en journalisme (3e Bac.) – ULg – 2011
Imprimer cet article

Share