Théories de l’information

L’information ? Chacun croit savoir ce qu’elle est et pourtant, dès qu’on s’essaie à la définir, les difficultés se multiplient.

La notion d’information n’appartient pas, loin de là, au seul domaine du journalisme. Grande est la carte de ses migrations théoriques et très diversifié le champ de ses applications : sociologie des médias de masse, anthropologie, sciences du langage, cybernétique, mathématique, informatique, théorie des organisations, esthétique de la communication.

Située au carrefour de nombreux domaines, elle constitue comme telle un puissant vecteur d’interdisciplinarité, mais aussi de questionnement des évidences reçues.

L’information est le plus vicieux des caméléons intellectuels
Heinz von Foerster

L’information, sous quelque définition qu’on la prenne, n’est pas un donné préalable, et encore moins une chose existant en soi dans le réel : elle est le produit d’une construction intellectuelle et sociale.

L’étudier au niveau universitaire revient d’abord à la resituer dans l’ensemble très entrecroisé de ses domaines de conceptualisation et en regard des pratiques au sens large qui en font usage, qu’il s’agisse des journalistes, des sociologues, des linguistes ou encore des ingénieurs des télécommunications. C’est encore l’envisager non seulement comme un « contenu », mais aussi comme une « forme » qui façonne les contenus qu’elle enveloppe autant qu’elle est façonnée par des normes discursives, des déterminismes sociaux et des usages professionnels.

La lumière est de l’information sans “contenu”
Marshall McLuhan

Au sens journalistique, l’information désigne le fait d’actualité porté, par voie médiatique, à la connaissance d’un public. Sous cet angle, il faut voir encore en elle le produit d’une construction, où entrent des ressources et des contraintes relevant aussi bien de l’agenda médiatique dans son ensemble et de préoccupations proprement éditoriales que d’opérations de filtrage, de hiérarchisation et d’écriture. Une construction dans laquelle entre également, par retour de la réception sur la production, le rapport que le public entretient avec les informations qu’il reçoit et qu’il articule à la sphère de ses propres intérêts et de ses attentes.

Cette dimension « constructiviste » de l’information fait l’objet, dans les études liégeoises en communication, de deux types d’approche : une approche pratique, dans des ateliers et cours dispensés par des professionnels, visant à l’apprentissage des techniques de base de la production et de la mise en forme d’informations à la fois pertinentes, recoupées et susceptibles de rencontrer l’intérêt du lecteur ; et, d’autre part, une approche théorique et analytique, à travers l’examen approfondi de corpus d’articles, de narrations journalistiques complexes, de figures récurrentes du discours de presse ou encore de genres et rubriques tels que le fait divers, l’éditorial, la chronique culturelle et le reportage.

Le fait divers fait diversion
Pierre Bourdieu

Étudier l’information au sens journalistique demande enfin de prendre en considération l’ensemble du secteur qui contribue à sa production : l’appareil médiatique avec ses normes, ses routines, ses contraintes et ses transformations.

La presse, au sens large, n’est pas en effet une institution comme les autres. Elle est l’institution par laquelle toutes les autres institutions sociales sont mises en communication avec le public, qu’il s’agisse de la politique, de la justice, de la culture, du sport ou de l’économie. Toute transformation de l’univers des médias est dès lors susceptible d’exercer des effets sur l’ensemble de la vie sociale et, en tout cas, sur le rapport que le citoyen entretient avec le monde. La théorie de l’information débouche ainsi sur une théorie critique, attentive aux faits d’imposition de normes, de spectacularisation ou de censure dont les médias, en tant qu’appareils de médiation de la parole sociale, sont aussi les vecteurs.

Cette formation à la théorie critique n’a pas vocation spéculative : elle vise à l’incorporation par les futurs journalistes d’un rapport de réflexivité à leur propre pratique, les rendant conscients des contraintes qui s’exercent sur celle-ci et capables, autant qu’il se peut, d’en contrôler les effets.

→ Cours associés :

Introduction à l’information (et questions d’actualité)
Théorie et analyse de l’information
Analyse de textes médiatiques
Analyse du discours médiatique
Analyse du discours radiophonique et télévisuel
Théories de la réception (y compris radio et télévision)
Socio-économie des groupes de communication
Théorie critique de l’information